Les yeux dans le ciel et les oreilles dans la nature
Les yeux dans le ciel et les oreilles dans la nature
Comment notre équipe d’intendance des réserves combine la surveillance acoustique et les relevés par drone avec le travail de terrain pour préserver les espaces naturels tout au long de l'année.
ÉCRIT PAR JON MACNEILL, GESTIONNAIRE DES COMMUNICATIONS ET DE L'ENGAGEMENT
Des cormorans et des mouettes tridactyles tournoyaient curieusement autour de notre barque tandis que nous approchions de la réserve naturelle insulaire de la baie de Fundy. Nous avons grimpé la plage de galets jusqu'à un champ de touffes d'herbe tourbillonnantes, vestiges d'un autre oiseau marin : l'eider à duvet.
Lorsque la Fondation pour la protection des sites naturels a créé cette réserve dans les années 2010, elle était un site de nidification connu pour une importante colonie d'eiders. Et bien que le paysage soit parsemé de monticules laissés par ces oiseaux nichant au sol, on ignore combien d'entre eux fréquentent encore l'île. Il est coûteux et intrusif de mener des recensements sur le terrain pendant la période de nidification. C'est pourquoi nous sommes ici en cette journée de printemps, juste avant l'arrivée des eiders lors de leur migration saisonnière, pour installer un petit boîtier solaire qui enregistrera tous les sons de la zone, 24 h/24 et 7 j/7, 365 jours par an.
« L’accès à cette île est interdit de mai à fin août, pendant la période de reproduction des eiders », explique Courtney le Roux, gestionnaire de l’intendance à la Fondation pour la protection des sites naturels, après avoir mis en marche l’appareil, appelé enregistreur autonome (EA).
« Nous reviendrons à la fin de l’été, une fois la reproduction terminée, et grâce aux données recueillies, nous pourrons identifier les différentes espèces présentes. Nous pourrons suivre l’intensité des tempêtes en fonction des vents, et détecter tout problème ou empiètement, comme par exemple si quelqu’un venait ici avec une tronçonneuse. Même à distance, nous pouvons comprendre la situation et utiliser ces informations pour mieux préserver la réserve et la faune qui en dépend. »
Projet Soundscape de la Fondation pour la protection des sites naturels
Depuis le printemps 2024, notre projet Soundscape est à l'écoute en continu dans certaines de nos réserves les plus isolées et fragiles. Les enregistrements audio réalisés 24h/24 par les enregisteurs autonomes (EA) nous permettent de suivre la biodiversité, les comportements saisonniers et les menaces potentielles sans avoir à intervenir directement dans les habitats délicats pendant les périodes critiques.
Nous disposons désormais de 10 ARU déployés sur notre réseau. À ce jour, ils ont collecté plus de 11 000 fichiers audio, soit 2,7 téraoctets de données acoustiques. L'identification des chants d'oiseaux se fait en deux étapes. Premièrement, nous traitons les fichiers avec BirdNET, un système d'apprentissage automatique développé par le Laboratoire d'ornithologie de Cornell, qui s'appuie sur une vaste base de données de chants pour effectuer une première identification.
Ensuite, afin de garantir une grande précision, notre équipe et nos bénévoles – parmi lesquels des ornithologues amateurs passionnés – écoutent manuellement les enregistrements pour vérifier l'évaluation de BirdNET. Plus de 2 000 chants d’oiseaux et 95 espèces distinctes ont été identifiés à ce jour, dont des espèces menacées comme le martinet ramoneur, l’hirondelle rustique et la paruline du Canada.
Image aérienne prise par drone au-dessus de notre réserve naturelle Keiko et Errol sur l'île Ross durant l'été 2025.
On a également fait des découvertes intéressantes et de belles surprises, comme la présence du butor d’Amérique, un oiseau discret des milieux humides, des schémas comportementaux révélateurs de la reproduction de la sarcelle d’hiver et des chants persistants de pygargue à tête blanche suggérant la présence d’un nid à proximité.
Une nouvelle perspective: les drones
Ce n’est pas la seule technologie que notre équipe a intégrée à ses outils de gestion des terres. Ces derniers mois, nous avons commencé à utiliser des drones pour réaliser des relevés topographiques haute résolution de zones difficiles d’accès ou dangereuses à parcourir à pied, comme les falaises côtières escarpées ou les intérieurs insulaires marécageux. Les images acquises par drone sont analysées à l’aide d’un logiciel de cartographie et, combinées aux données historiques et aux relevés de terrain, nous aident à évaluer les limites des zones protégées, à détecter rapidement les changements et à réagir plus vite aux problèmes tels que les chablis, l’érosion ou l’empiètement.
Six réserves ont été cartographiées à ce jour. À l’avenir, nous prévoyons d’intégrer des drones multispectraux capables de détecter la chlorophylle et d’autres signaux végétaux. Ces signaux nous permettront de repérer le stress des plantes avant même qu’il ne soit visible, et ainsi de détecter plus tôt les maladies, les effets de la sécheresse ou la propagation d’espèces envahissantes.
Humains et technologies, travaillant ensemble
Les enregistreurs autonomes (EA) et les drones ne remplacent ni le personnel de terrain, ni les bénévoles ; ils optimisent simplement nos actions sur le terrain.
« Les données acoustiques nous indiquent qui utilise un habitat et à quel moment. Les images aériennes nous montrent où les conditions évoluent et comment prioriser nos interventions », explique Shraddha Vadgama, coordonnatrice de l’intendance, à l’origine de l’idée d’intégrer les drones à nos pratiques de surveillance.
« Ensemble, avec la vigilance du personnel et des bénévoles, ces outils aident nos réserves à faire face aux changements climatiques, à résister aux espèces envahissantes et à préserver leur santé à long terme. »
Devenez bénévole pour le projet Soundscape
Vous vous demandez si les eiders à duvet nichent encore dans cette réserve naturelle insulaire ? Nous aussi ! Nous avons récemment recueilli les enregistrements audio du site et votre aide serait précieuse pour identifier les espèces présentes. Si vous avez l’oreille fine pour le chant des oiseaux ou si vous aimez travailler avec des données audio, n’hésitez pas à nous contacter. Écrivez à steward@ntnb.org pour devenir bénévole !
Ce travail est possible grâce à nos donateurs et bénévoles, ainsi qu’au soutien de Techno nature RBC, RBC Économie nette zéro, la Fondation McLean, la Fondation Sir James Dunn, la Fondation Echo, la Fiducie William P. Wharton et Habitat faunique Canada.
Ce récit paraîtra dans notre Rapport de gratitude 2024-2025, notre rapport annuel. Les membres et les donateurs reçoivent un exemplaire papier par la poste chaque année en décembre. Faites un don ici pour vous inscrire à notre liste de diffusion.